La fin pour l’Ukraine après la dispute dans le Bureau ovale?

Ce qui s’est passé hier, vendredi 28 février, dans le Bureau ovale, est inédit

on n’avait jamais assisté en à une altercation, à une dispute, à une humiliation de cette nature dans le bureau ovale devant les caméras où tout est beaucoup plus policé.

Avec un choc si fracassant, on comprend qu’il n’y a pas de marche arrière, que l’administration Trump est bel et bien partie de son côté de l’Histoire,

ou en tout cas que s’il y a une marche arrière elle se fera au prix de lourds concessions et humiliations de la part des Ukrainiens et des Européens

Pour Volodymyr Zelensky, pour l’Ukraine en général, qui doit lutter contre l’impérialisme brutal de la Russie et des Etats-Unis,

la question c’est de savoir si le pays peut tenir seul avec les Européens, ou si c’est la fin.

Bonjour à tous, c’est Sébastien, bienvenue dans cette vidéo où je reviens sur ce moment historique, à tout point de vue.

Comme je l’ai dit, on n’attendait pas ce genre de scène directement dans le Bureau ovale sous les regards des caméras

C’était un cénacle du pouvoir qui jouissait d’une certaine vénération pendant très longtemps

Et maintenant c’est juste une arène de campagne électorale de plus pour Donald Trump et les MAGA

parce que c’est d’abord ça qu’il s’est passé hier, c’est la continuation de la campagne électorale, le prolongement et la mise en application des arguments développés ces derniers mois

on pouvait croire, en tout cas à Kyiv on espérait, que les MAGA retrouveraient un sens des responsabilités géopolitiques après leur victoire

au delà-des déclarations choc, des insultes, des menaces

parce que le Groenland, le Panama, le Canada ne sont toujours pas annexés, il n’y a toujours pas de guerre commerciale, à grande échelle

mais c’est sans doute pour ça que l’Ukraine a été sacrifiée.

Les réformes MAGA jettent le trouble même parmi leurs électeurs, la classe moyenne, la classe ouvrière, Elon Musk est erratique…

donc il fallait un succès pour Donald Trump et humilier Volodymyr Zelensky, qu’il méprise et sans doute déteste depuis 2019, c’était parfait.

En plus de ça colle avec sa vision du monde, parler avec les puissants, humilier les petits, ne plus penser en termes d’alliance mais d’intérêts, favoriser la Russie qu’il admire, nier le consensus libéral transatlantique…

j’en ai déjà beaucoup parlé ici.

L’altercation d’hier, c’était clairement un piège

évidemment en disant ça je ne prétends pas être dans le secret des dieux, mais tout concorde.

Entre le 1er jet de l’accord sur les ressources minérales présentées à l’Ukraine et la version finale, on a vu que l’administration Trump a perdu beaucoup de terrain, et que le deal était en fait favorable à l’Ukraine

c’était un peu étrange mais ça s’insérait dans un processus

entre les deux, Donald Trump a changé de ton, dit qu’il n’avait jamais appelé Volodymyr Zelensky un dictateur, il l’a appelé le meilleur président pour l’Ukraine

c’était des signaux positifs, mais avec le recul on comprend que ce n’était que pour amadouer la partie ukrainienne

et l’attirer dans ce piège.

La manière dont Donald Trump et son équipe ont ridiculisé le costume de Volodymyr Zelensky, dont le vice-président JD Vance est intervenu, les arguments qu’il a déroulé,

tout était prévu d’avance

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Donc l’Ukraine a été sacrifiée sur l’autel des MAGA et de la sacro-sainte relation entre les Etats-Unis et la Russie

Avec l’Ukraine, l’Europe est une victime collatérale bien sûr et on va voir si on peut arriver à un réveil, à un sursaut, dont on parle depuis des années et des années et des années.

Volodymyr Zelensky a dit sur Fox News qu’il n’allait pas s’excuser parce qu’il n’avait rien fait de mal.

Mais en arrivant à Londres aujourd’hui, il a assuré qu’il lui fallait le soutien de Trump qui est crucial.

Ce n’est pas forcément contradictoire mais ça illustre le grand écart que l’Ukraine doit opérer maintenant, à supposer que ça soit possible.

Moi je pars du principe que ce n’est pas possible.

Donald Trump a clairement exprimé ses préférences russes et très ukraino-sceptiques ces dernières semaines

L’Ukraine, ça l’embête, pour rester poli, il veut en finir quel que soit le prix d’un arrêt des combats

il l’avait fait en Afghanistan, ça a conduit au fiasco qu’on a connu en 2021, il veut le refaire, et oublier tout ça pour se concentrer sur la Russie, la Chine, Israël, le commerce, les deals.

Entre parenthèse ça montre le niveau d’impréparation de l’équipe Trump. Ils avaient assuré qu’ils savaient comment faire la paix, on voit qu’ils ont compris que c’était beaucoup plus complexe que prévu

et que ça les enquiquine et qu’ils préfèrent jeter l’Ukraine avec l’eau du bain.

En ce qui concerne l’Europe, ce désengagement il va être accéléré mais quand même progressif, il y a tellement d’intégration économique, financière, technologique et militaire de part et d’autre de l’Atlantique que ça ne peut pas se faire en 2 semaines

Mais pour l’Ukraine ça va être beaucoup plus rapide

Hier déjà le secrétaire d’Etat marco Rubio a interrompu les programmes de reconstruction et de modernisation du réseau énergétique ukrainien

on parle de l’arrêt du partage du renseignement,

du blocage des paquets d’aide militaire qui avaient été décidés par l’administration Biden et qui sont en cours de livraison

toute cette présence américaine peut disparaître en quelques jours,

et il y a un jeu dangereux à revenir ramper devant Donald Trump en offrant concession sur concession, cadeau après cadeau,

parce qu’il n’y a absolument aucune garantie que ça lui fasse changer ses positions

on l’a vu ces derniers jours avec Emmanuel Macron et Keith Starmer, ça ne sert pas à grand chose dans l’état actuel du rapport de force,

comme c’était le cas quand on perdait des heures à parler avec Vladimir Poutine en 2022

Tel que je le vois, l’Ukraine a deux choix: combattre ou capituler, sachant que les deux sont désormais beaucoup plus difficiles qu’il y a 48 heures.

je dis Capituler, parce que là on ne parle plus de négociations, de compromis ou autre.

Dans le contexte des dernières semaines mais surtout depuis hier, on sait que les Russes n’ont aucun intérêt à céder des choses que Donald Trump leur a déjà donné

donc si cessez-le-feu et ébauche d’accord de paix il y a, il ne peut que se décider au détriment de l’Ukraine, sans la participation des Ukrainiens

et si l’Ukraine l’accepte ou est contrainte de l’accepter, elle n’aura quasiment aucun de ses intérêts en tant que victime de l’invasion qui sera pris en compte.

Continuer à combattre, c’est évidemment la deuxième option,

L’Ukraine a son armée, son industrie de l’armement, ses alliés européens…

Il y a certains stocks de munitions notamment dans l’artillerie qui sont constitués pour plusieurs mois à l’avance

et l’armée russe, l’économie russe, connaissent aussi des problèmes qui ne font que s’aggraver avec le temps qui passe

Mais d’une part l’Ukraine a de sérieux soucis notamment en termes de ressources humaines

Et sans l’armement et les technologies américaines, la partie sera bien plus difficile

il y a énormément d’armes que ni l’Ukraine ni les Européens ne sont en mesures de produire

Selon les estimations, l’Ukraine a une soixantaine de jours de réserves de missiles pour les batteries Patriot et d’autres systèmes de défense anti-aérienne soviétiques qui ont été modernisés pour employer des projectiles américains

si l’Ukraine est coupée des ressources du renseignement américain, des moyens de la guerre électronique américaine,

voire que les Etats-Unis commencent à partager leur renseignement avec la Russie, ce qui est tout à fait concevable maintenant.

alors la partie sera extrêmement difficile pour l’Ukraine

Là dessus évidemment, la seule variable d’ajustement dont dispose l’Ukriane, c’est l’Europe.

Mais l’Europe on le voit, fait beaucoup et travaille à son sursaut mais c’est toujours trop peu, trop lent

donc il est quand même assez risqué d’espérer qu’elle puisse répondre à cette urgence

l’Europe, elle n’a pas les capacités militaires des Etats-Unis

et l’Europe, elle est fragile, morcelée, et là évidemment on n’est pas surpris par l’enthousiasme de Viktor Orban ou de Robert Fico mais on regarde surtout avec attention Giorga Meloni en Italie

qui est très atlantiste et un grand soutien de l’Ukraine

mais qui a aussi une proximité personnelle avec Elon Musk et idéologique avec Donald Trump qui fait qu’elle peut se retourner à n’importe quel moment.

Et dans ces conditions, continuer à combattre, ça va être extrêmement difficile.

Après dans cette situation comme dans beaucoup d’autres, il faut se poser évidemment la question du coût de l’action, mais surtout celle du coût de l’inaction

et des implications du découplage américain et d’une défaite de l’Ukraine pour la sécurité de l’Europe.

Merci

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