Terres rares: nouveau diktat américain

Les Etats-Unis sont revenus à la charge avec un nouvel accord d’exploitation des ressources minérales ukrainiennes

et cet accord, ce n’est pas du tout la version qui avait été négocié il y a plus d’un mois entre les Américains et les Ukrainiens,

c’est en fait un nouvel accord d’exploitation coloniale qui vise à ce que l’Ukraine repaie une dette, entre guillemets, aux Etats-Unis.

Et on voit clairement les implications de cet accord dans le contexte actuel, alors que la Russie propose ouvertement un changement de gouvernement en Ukraine.

Bonjour à tous, c’est Sébastien, bienvenue dans cette vidéo où l’on constate à la fois la constance de la volonté américaine de se repayer sur la bête, mais aussi les conséquences de la dispute dans le bureau ovale qui s’est déroulée il y a un mois exactement, le 28 février.

Parce que vous vous rappelez, après cette dispute on avait compris que les Etats-Unis étaient hostiles à l’Ukraine, qu’ils voulaient la sacrifier sur l’autel de la relation avec la Russie

que Donald Trump et JD Vance avaient un grief personnel avec Volodymyr Zelensky

et qu’à partir de ce moment là, les relations allaient être beaucoup plus tendues et le soutien américain aux Ukrainiens mais aussi aux Européens allait être beaucoup plus difficile.

Et on l’a vu avec l’arrêt pendant quelques jours des livraisons d’armes, du partage de renseignement, on l’a vu avec les négociations

et on le voit aujourd’hui avec cette nouvelle version de l’accord sur l’exploitation des ressources minérales d’Ukraine.

Avant d’entrer dans le vif de ce sujet, j’ouvre une parenthèse,

pas pour vous demander de mettre un pouce, de vous abonner ou de partager parce que ça vous le savez déjà, n’est-ce pas, c’est important,

mais pour dire que les Européens ont tiré les conséquences de ce revirement américain

ils ont multiplié les sommets et les réunions de travail ces dernières semaines, ils ont débloqué des centaines de milliards d’euros à l’échelle de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne

et on a encore vu ce sursaut européen hier à Paris avec ce sommet des 31 pays

j’avais pensé faire le sujet de ma vidéo sur ce sommet mais en fait, je dois avouer que si on se réjouit du réveil européen, il faut bien en constater les limites: les Européens ne pensent qu’au respect du cessez-le-feu,

ils ne pensent ni à la négociation de cette trêve, ni aux coups d’après, à quoi ça va servir cette trêve, comment soutenir l’Ukraine dans la durée, on va en faire quoi de l’Ukraine

alors que les Russes et les Américains, ils voient plusieurs coups en avance,

et ça on le voit dans les demandes russes et par exemple la dernière pour instaurer un gouvernement provisoire en Ukraine

parce que si le gouvernement change en Ukraine et que Kyiv ne demande plus une force de maintien de la paix, les Européens ne savent juste pas comment réagir à ça

mais ça je vais y revenir, je ferme la parenthèse.

La nouvelle version de l’accord sur l’exploitation des minerais en Ukraine il a été annoncé par le secrétaire américain au trésor, Scott Bessent le 25 mars

Volodymyr Zelensky a confirmé qu’il l’avait reçu mais il n'a pas donné de détails

et on comprend pourquoi

C’est un accord qui franchit toutes les lignes rouges qui avaient été respectées dans les versions précédentes de l’accord négocié le mois dernier, je vous laisse revoir ma vidéo sur le sujet

Cette nouvelle version prive l’Ukraine d’une partie de sa souveraineté

contredit une future adhésion à l’UE

oblige également l’Ukraine à rembourser toute l’aide américaine des années précédentes, qui n’était pas censé être remboursé!

Quand je dis priver l’Ukraine d’une partie de sa souveraineté, c’est que l’accord prévoit la création d’un fonds d’investissement américano-ukrainien qui ne sera pas géré sur un pied d’égalité entre les deux pays

d’ailleurs ça sera un fonds de droit américain, qui paiera des impôts aux Etats-Unis, et qui se référera à la justice américaine en cas de litige.

le financement du fonds: les Etats-Unis considèrent qu’ils ont déjà payé leur contribution au fonds en déboursant 120 milliards de dollars pour l’Ukraine depuis 2022

120 milliards de dollars, c’est un calcul établi par plusieurs instituts qui suivent les dépenses occidentales en faveur de l’Ukraine

Mais la version de l’accord prévoit que le montant à rembourser, encore une fois entre guillemets, sera calculé juste avant la signature de l’accord et que la somme sera indiquée en annexe.

Seuls les Etats-Unis peuvent se désengager du fonds à n’importe quel instant, l’Ukraine n’a pas de possibilité de se retirer

la répartition des profits: les Etats-Unis se réservent tous les profits jusqu’à temps qu’ils récupèrent leurs 130 milliards

comme cet argent n’est pas parti dans l’exploitation des terres rares mais dans la défense du pays, ça veut dire que l’Ukraine doit elle-même financer l’exploration et l’exploitation des ressources

et elle recevra rien jusqu’à temps que la dette, encore une fois entre guillemets, soit remboursée

et en plus il y a un taux d’intérêt sur cet investissement de 130 milliards de 4%

donc plus l‘exploitation dure dans le temps, plus l’Ukraine aura à rembourser les Etats-Unis.

Comme l’Ukraine doit utiliser les revenus de l’exploitation de ses minerais et de ses hydrocarbures pour financer le fonds, ça veut dire qu’elle perd les revenus des entreprises qui les produisent, qu’elles soient publiques ou privées.

L’accord prévoit que tous les projets d’infrastructures en Ukraine, tous, doivent passer par le fonds pour approbation.

donc même des routes, des ponts, qui n’ont rien à voir avec l’exploitation des ressources minérales.

L’accord prévoit aussi que les entreprises américaines ont la priorité pour ces projets et d’autres investissements. Et c’est seulement si ça ne les intéresse pas que d’autres entreprises, ukrainiennes ou étrangères, peuvent investir

Les Etats-Unis ont aussi la primeur pour disposer des terres rares et des autres métaux s’ils le désirent, ou alors ils peuvent décider s’ils le vendent au plus offrant.

Ces dernières clauses, elles contredisent directement l’adhésion à l’Union européenne, les règles du marché unique et les principes de concurrence.

On le voit, cet accord est extrêmement contraignent et il revient à un nouveau diktat, à une exploitation coloniale avec extraction de ressources à usage exclusif du prédateur économique.

Et je ne l’ai pas encore mentionné mais c’est évident: cette version de l’accord ne comporte aucune garantie de sécurité, aucun engagement américain de long terme

ce qui était la première des motivations de Volodymyr Zelensky de proposer un tel accord aux Etats-Unis.

Fin février, ce que les Ukrainiens avaient négocié était un accord cadre qui posait les bases d’une nouvelle négociation pour créer le fonds et en déterminer les modalités.

Là, plus du tout. C’est une version de l’accord qui englobe tout et qui ne prévoit pas d’étapes intermédiaires mais plutôt une signature et une ratification par le Parlement fissa fissa.

A Washington, on espère une signature dès la semaine prochaine

Volodymyr Zelensky se retrouve donc, encore une fois, dans une situation impossible

il ne peut pas signer cet accord colonial, et même s’il le signe, le Parlement ne le ratifiera pas, il n’y aura pas de majorité pour ça

et s’il ne signe pas, il rouvrira le conflit avec Donald Trump qui s’était un peu calmé ces derniers temps

et il risque de nouvelles pénalités de la part des Etats-Unis: arrêt des livraisons de l’aide militaire, même ça c’est quasiment déjà fait car Donald Trump n’a annoncé aucun paquet en deux mois

arrêt du renseignement, ça ça fait beaucoup plus mal

restrictions sur les licences d’armes qui contraignent leur utilisation,

tout ça handicapera son effort de guerre

et les Européens ne pourront pas compenser.

L’Ukraine se retrouve de nouveau dans une situation impossible

elle peut tenter de gagner du temps, de renégocier les termes de l’accord, de convaincre les Américains que ça ne va pas bien se passer si l’accord reste en l’état.

Mais on voit le positionnement politique et idéologique même de l’administration Trump

aussi il n’est pas évident que ça va marcher comme ça avait marché en février

et c’est le moment que choisit Vladimir Poutine pour parler d’un changement de régime à Kyiv

lui ce qu’il dit c’est imposer un gouvernement provisoire sous tutelle internationale le temps de négocier les conditions de la paix

on sait tous ce que ça veut dire: se débarrasser de Zelensky et obtenir un gouvernement plus conciliant, plus docile

pour l’instant les Etats-Unis ont rejeté l’idée, en tout cas officiellement

mais si les Ukrainiens posent encore des problèmes, encore une fois entre guillemets, et refusent de signer l’accord

je ne serai pas du tout étonné que Donald Trump adopte cette idée pour se débarrasser de Volodymyr Zelensky qui l’agace et que lui méprise depuis 2019.

L’Ukraine doit avaler une couleuvre après une autre, comme je l’ai dit dans mes précédentes vidéos, et on est très loin de la fin.

Merci

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