Un “Sky Shield” pour l’Ukraine?

Il suffirait de 120 avions de chasse européens pour sécuriser l’espace aérien de la moitié du territoire ukrainien,

les grandes villes de Kiev et d’Odessa,

et les trois centrales nucléaires actuellement en exploitation en Ukraine.

C’est un plan monté par des généraux et des diplomates européens et en cours d’étude par les dirigeants politiques,

qui prévoit que ce dispositif pourrait être bien plus efficace que le déploiement de 10000 soldats européens sur le sol ukrainien.

Bonjour à tous, c’est Sébastien, bienvenue dans cette vidéo où j’explore ce plan qui a été rendu public hier par le quotidien britannique The Guardian

ce qui me permet de prendre un peu de recul par rapport à l’actualité.

L’actualité qui reste très chargée, vous l’avez vu comme moi, Donald Trump a considéré qu’il y a beaucoup de progrès qui ont été réalisés en quelques jours,

Il estime qu’il a reçu des excuses de la part de Volodymyr Zelensky,

et une délégation ukrainienne va rencontrer une délégation américaine en Arabie saoudite la semaine prochaine pour parler des conditions d’un cessez le feu

ça montre que les Etats-Unis incluent un peu les Ukrainiens dans le processus qui les concerne au premier chef

mais ça ne change rien des dynamiques en place du dialogue américano-russe et des déclarations méprisantes de l’administration Trump

l’accord sur l’exploitation des minerais il n’est toujours pas signé parce que Donald Trump voudrait y inclure une assurance que l’Ukraine recherche la paix,

les livraisons d’aide militaire et le partage de renseignement, ils sont toujours interrompus et suspendus à la bonne volonté de la maison blanche

ce qui affaiblit considérablement l’Ukraine, cette nuit on a eu une attaque aérienne massive sur des infrastructures énergétiques dans plusieurs régions du pays, des dégâts conséquents, au moins deux morts,

Donc du côté américain ça reste trouble et contradictoire, et tout peut encore changer plusieurs fois d’ici la semaine prochaine même si je suis persuadé que ça ne va pas remettre en cause l’alignement idéologique de l‘administration Trump sur la Russie.

et du côté européen, on a eu ce sommet sur la défense hier à Bruxelles

et des détails sur ce paquet de 800 milliards d’euros d’investissmeent dans la défense et dans l’aide à l’Ukraine

la réaction européenne est inédite, elle va sans aucun doute faire bouger les lignes, là-dedans on voit que la France est très active,

mais la question c’est toujours: est-ce que ce sera suffisant et suffisamment rapide?

Dans ce contexte, hier, The Guardian a révélé un plan de défense aérienne de l’Ukraine

le plan SkyShield, donc bouclier du ciel

il est disponible en pdf en anglais, je mets le lien dans la description de cette vidéo:

il a été concocté par des anciens généraux, des diplomates et des décideurs politiques;

par exemple les anciens commandants en chef de l’Otan en Europe Philip Breedlove et Richard Shirreff, l’ancien président polonais Aleksander Kwaśniewski

du côté français on trouve le général Vincent Desportes, le député Frédéric Petit,

beaucoup des personnes qui ne sont plus en service actif, mais qui comptent dans la réflexion collective sur la sécurité ukrainienne et européenne

je mentionne ça pour préciser que ce n’est pas un plan officiel, c’est une initiative d’experts,

mais elle vaut la peine qu’on s’y arrête puisqu’elle réglerait beaucoup de problèmes que l’Ukraine connaît.

et elle solutionnerait aussi beaucoup d’inquiétudes que l’on a vis-à-vis d’une éventuelle force de maintien de la paix,

sans risquer d’affrontement avec la Russie, je vais y revenir.

On parle d’une flotte de 120 avions de chasse européens qui serait déployée indépendamment de l’Otan

par une coalition de pays désireux de fournir une protection aérienne aux Ukrainiens.

ce qui permettrai de ne pas impliquer l’Otan mais d’utiliser ses capacités de renseignement et de commandement

la mission patrouillerait la partie ouest du ciel ukrainien jusqu’à Kyiv et Odessa,

et abattrait les drones et les missiles de croisière russes qui viseraient cette très vaste partie du territoire ukrainien

protégerait plusieurs de ses grandes villes Kiev, Odessa, Jytomyr, Vynnytsia, Lviv, et ses trois centrales nucléaires en exploitation: Khmelnitskiy, Rivne et Pivden Ukrainsk

la quatrième étant évidemment Zaporijia, qui est sous contrôle russe.

Alors, comment ça marcherait?

Le projet prévoit le déploiement de 120 avions de combat modernes : F-16, F-16AM/BM, Eurofighter Typhoon, Mirage 2000 et JAS 39 Gripen.

Ces avions décolleraient de bases européennes, pas de bases ukrainiennes

Pour que le système fonctionne efficacement, des avions d’alerte avancée et de contrôle aéroportés (AEW&C), des avions-citernes ravitailleurs et des drones de reconnaissance seront également nécessaires.

donc c’est le déploiement d’une logistique qui va permettre aux Européens d’étendre les missions de patrouille du ciel qu’ils opèrent dans les pays baltes et en Roumanie

mais là avec des effets concrets.

ces avions - 120 avions à l’échelle européenne ce n’est pas insurmontable - protégeront la partie ouest de l’Ukraine, ses villes et ses centrales nucléaires,

ça épargnera des vies civiles et ça protégera le système énergétique

cela sera très bénéfique pour tout ce qui est développement économique, investissements, retour des réfugiés, etc.

Evidemment ça allégera la charge de l’armée ukrainienne et des unités de défense anti-aérienne qui pourront se concentrer sur la partie jaune et orange de la carte

Les Ukrainiens bénéficieront aussi du partage de renseignement collecté par les avions européens,

et ils apprendront de toute la logistique qui sera déployée pour la maintenance et le ravitaillement de cette petite flotte.

Evidemment ce n’est pas une garantie ultime. Les missiles balistiques, il est très difficile de les intercepter,

et même les drones quand ils volent par essaims de plusieurs centaines, il est très difficile de les intercepter

de plus l’Ukraine devra maintenir une présence militaire, le long de la frontière avec le Bélarus ou avec la Transnsnitrie, elle ne sera pas complètement déchargée

et puis il y a toujours la question de la délimitation de cette zone

si un missile de croisière se dirige vers la banlieue ouest de Kiev on l’intercepte, mais pas s’il se dirige vers la banlieue est?

c’est toujours difficile d’imaginer comment ça serait arbitré.

En tous les cas, ce projet affirme que ce petit déploiement de 120 avions aura des résultats politiques, militaires et socio-économiques bien plus importants que le déploiement d’une mission de maintien de la paix de milliers d’hommes

d’abord il coûtera moins cher,

ensuite il opérera selon une mission bien définie alors qu’une présence au sol, on se demande encore comment elle réagira en cas de bombardement ou de reprise des combats

est-ce qu’elle ripostera directement contre les Russes?

là, les contours de ce plan SkyShield établissent une zone tampon de 200 kilomètres ou plus entre les chasseurs européens et les russes

c’est à dire cette partie jaune de la carte

et donc ça limitera les risques d’engagement

Récemment la Roumanie a pris la décision d’abattre les drones russes sur son territoire, donc il y a déjà un pays européen, membre de l’Otan, qui est prêt à abattre du matériel russe

et dans la Baltique, en Syrie ou au Sahel, les échanges plus ou moins tendus que les forces européennes ont pu avoir avec les Russes n’ont pas conduit à une escalade.

Evidemment, la Russie ne va pas être d’accord avec ce plan

mais c’est évidemment ce que le Kremlin doit dire.

Dans les faits, mis devant le fait accompli, la Russie se contentera comme toujours de provocations, de menaces, de protestations diplomatiques et de cyberattaques.

et elle perdra cette possibilité d’utiliser les attaques aériennes comme moyen de pression et d’attrition de la moitié du territoire ukrainien.

La question principale, ce n’est pas si la Russie va être contente ou pas parce qu’évidemment elle ne va pas être contente.

C’est surtout de savoir si les Européens sont prêts à mettre un oeuvre un plan efficace et intelligent de protection de l’espace aérien ukrainien

et donc de recourir à une solution bien plus efficace que le déploiement d’une force de maintien de la paix au sol

encore une fois on ne sait pas quelles en seraient les modalités d’engagement

si elle riposte à des bombardements ou des reprises des combats, c’est l’escalade,

si elle ne riposte pas, ce sont les fantômes des guerres d’ex-Yougoslavie qui ressurgissent.

Ce n’est pas la première fois qu’on met en avant un plan de défense aérienne de l’Ukraine de l’ouest

mais maintenant que la configuration politique a changé, est-ce que les Européens peuvent avoir l’audace de penser out of the box, en dehors des politiques conventionnelles

pour assurer la sécurité d’une partie de l’Ukraine, mais aussi se former à une vraie mission de défense européenne

et travailler à ce fameux concept d’autonomie stratégique européenne?

Merci

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