Le Monde Diplo: De la démocratie en temps de guerre

Article publié dans Le Monde Diplomatique, dans l’édition de mars 2025.

La Maison Blanche et le Kremlin espèrent trouver un successeur à M. Volodymyr Zelensky plus enclin aux compromis. Pas sûr cependant qu’un autre président soit mieux disposé à entendre leurs exigences. En Ukraine, l’union sacrée se fissure, mais l’organisation d’un scrutin demeure, dans un pays en guerre, un casse-tête pratique et démocratique.

Depuis 2022, en Ukraine, il n’y a plus de personnalités politiques, il n’y a plus d’électeurs. Il n’y a plus que des citoyens qui remplissent, ou non, leurs devoirs envers leur pays. » M. Oleksiy Kovjoune compte parmi les consultants politiques les plus réputés du pays. Avant la guerre, il a travaillé avec des dizaines de candidats pour façonner leurs campagnes et a consacré à la politique une bonne partie de sa vie. En temps normal, il aurait eu de quoi faire : le mandat de M. Volodymyr Zelensky est arrivé à terme en mai 2024, alors que celui des députés de la Verkhovna Rada (Parlement) a expiré en juillet. Les élections municipales, cantonales — à l’échelle des raïons — et régionales devraient se tenir à l’automne 2025. Le régime de loi martiale, en vigueur depuis l’invasion russe du 24 février 2022, a pourtant repoussé sine die le renouvellement des représentants par les urnes.

M. Kovjoune considère qu’il reste malvenu, en mars 2025, de discuter de l’organisation d’un scrutin : « Cela ne peut que briser l’unité du pays et affaiblir sa résistance face à l’invasion russe. » Le politologue relaie un sentiment partagé en Ukraine. Selon une enquête d’Ipsos, 62 % des Ukrainiens résidant dans les territoires contrôlés par Kiev et à l’étranger partageraient cette opinion ; 19 % envisageraient cette éventualité dans le cas d’un cessez-le-feu ; et 14 % appelleraient à un retour aux urnes au plus tôt. Pourtant, la question des élections revient de plus en plus. À Washington comme à Moscou, on remet ouvertement en cause la légitimité de M. Zelensky, que l’on juge privé d’un mandat démocratique pour signer un accord de paix. À Kiev, le chef de l’État jouit d’un niveau de soutien appréciable, récemment consolidé à la suite des humiliations, médiatisées, que lui a infligées M. Donald Trump le 28 février dernier.

Les principaux partis d’opposition rejettent le principe d’élections tenues sous le régime de la loi martiale. Ce qui n’empêche pas leurs quartiers généraux de se préparer activement, (...)

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