Pas de trêve avant 2026?

Est-on en train d’assister à un nouveau virage de l’administration Trump dans sa manière de négocier une paix en Ukraine?

En tous les cas, on constate de plus en plus que l’équipe de Donald Trump croit de moins en moins à la perspective d’un cessez-le-feu rapide

C’est comme si l’administration Trump déchantait sur tous les points, et cela après moins de 100 jours au pouvoir.

Bonjour à tous, c’est Sébastien, bienvenue dans une toute petite vidéo pour regrouper une série de déclarations et de faits de ces derniers jours qui laisse à penser que l’administration Trump ne va pas obtenir les résultats escomptés et qu’elle va peut-être changer de fusil d’épaule,

et la meilleure preuve c’est que même la Russie, jusque là très bien traitée, a commencé à désapprouver son approche publiquement.

Et c’est vrai sur le Groenland, sur le Canada, sur l’état des cours en bourse qui ont largement chuté à cause des incertitudes sur les guerres commerciales et ce jour de la libération avec les droits de douane réciproques

et aujourd’hui 2 avril on apprend qu’Elon Musk pourrait quitter son poste au sein de l’administration dès la fin du mois de mai

donc ça va très vite et le seul succès jusqu’à présent c’est la reprise du contrôle des ports à l’entrée et à la sortie du canal de Panama, même pas la reprise de contrôle du canal lui-même.

Je ne veux absolument pas dire que moins de 100 jours après sa prise de fonction l’administration Trump va s’effondrer, ou qu’elle va repartir sur des lignes plus conventionnelles, après tout la stratégie c’est d’inonder la zone selon l’expression de Steve Bannon

alors si l’administration fait passer 100 projets par jour et que 98 sont scandaleux et qu’on n’a le temps de se concentrer que sur 2 ou 3, ça fait quand même beaucoup de projets qui passent sans problème.

Mais là, sur la question des négociations autour de l’Ukraine, clairement ça ne va pas dans le sens espéré.

On a vu les dernières séries de négociation n’ont rien donné de concret, les cessez-le-feu partiels ne marchent pas

et Donald Trump lui-même s’est dit très en colère et énervé vis-à-vis de Vladimir Poutine.

En off, des membres de l’administration Trump ont déclaré à l’agence Reuters qu’ils ne pensaient pas qu’il soit possible d’obtenir un cessez-le-feu avant Pâques, avant la mi-avril, comme c’était espéré.

et d’ailleurs il n’y a plus de session de négociation prévue en Arabie saoudite ou ailleurs,

maintenant c’est juste un négociateur russe Kirill Medvedev qui va se rendre à Washington cette semaine pour rencontrer un négociateur américain, Steve Witkoff

On est loin des délégations de haut niveau qui se sont rencontrées en Arabie saoudite

et on est très loin d’une rencontre au sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine.

D’autant que là, les Russes le disent aussi

Jusqu’à présent il s’agissait de ne rien dire, de voir ce que les Américains pouvaient leur donner sans rien céder de leur côté.

Maintenant ils disent ouvertement, notamment Serguei Ryabkov, le ministre adjoint aux affaires étrangères, qui dit que les propositions américaines ne règlent pas les racines du conflit

et qu’elles ne sont pas de nature à mettre fin à la guerre.

Un autre diplomate russe assure qu’on ne peut pas attendre de cessez-le-feu avant la fin de l’année.

Serguei Ryabkov soulève aussi une différence de conception: les Américains ne parlent pas de paix, mais juste de cessez-le-feu

La paix, pour les Russes, ça serait la capitulation de l’Ukraine et la subjugation de tout le pays

et visiblement, les Américains n’en ont pas parlé en ces termes

ce qui est une bonne nouvelle pour l’Ukraine et ça confirme ce que j’ai dit dans mes vidéos précédentes

Les Ukrainiens s’en fichent éperdument du sort de l’Ukraine, ils veulent juste un cessez-le-feu rapide pour se sortir de ce guêpier et repartir sur une nouvelle base dans leur relation avec la Russie pour parler de l’Iran, de la Chine et d’autres grands sujets.

Et s’ils peuvent se payer sur la bête ukrainienne au passage, c’est tant mieux.

Tout ça, ça reste d’actualité, et si l’administration Trump déchante avec les Russes, elle ne soutient pas plus plus l’Ukraine

elle n’envoie pas d’armes, elle veut imposer un accord sur les minerais qui est honteux

On voit des contestations en interne monter à Washington, parmi les militaires ou même parmi un groupe de 50 sénateurs qui a appelé à renforcer les sanctions contre la Russie

Mais pour l’instant ça reste à la marge, c’est bel et bien Donald Trump qui est à la manoeuvre.

Mais là ce qui change c’est qu’il n’est pas content à la fois avec l’Ukraine mais aussi avec la Russie.

Il menace de sanctions dans le secteur pétrolier, aujourd’hui même trois entreprises russes ont été ajoutées à une liste américaine d’entités sous sanctions financières, il pourrait y avoir de nouvelles mesures dans l’air

Et donc l’administration Trump pourrait continuer à ne pas soutenir l’Ukraine mais à nuire aux intérêts russes, ce qui aiderait l’Ukraine indirectement

sachant que si le conflit se prolonge, sans cessez-le-feu, l’Ukraine souffrira de toutes les manières d’un manque de livraisons d’armement et d’équipements.

J’ai du mal à croire que les fondements de cette séquence soient invalidés d’un coup:

Donald Trump est toujours une personne qui cultive une admiration pour la Russie et qui assure que Vladimir Poutine veut la paix

Vladimir Poutine lui il continue à être intéressé par une trêve en Ukraine si les Etats-Unis lui donnent des garanties suffisantes et qu’ils parviennent à l’imposer aux Ukrainiens.

Mais visiblement, il faut encore un bon coup de collier, rien ne va être aussi simple que Donald Trump le pensait.

Il était sans doute persuadé qu’il pouvait refaire le coup de l’Afghanistan, en abandonnant le pays aux Talibans,

mais il y a bien plus d’acteurs et d’intérêts en Ukraine, à commencer par les Ukrainiens eux-mêmes et puis les Européens, les Turcs et les Russes qui sont plus coriaces que les Talibans.

Et moi-même j’étais persuadé qu’il parviendrait à un cessez-le-feu partiel, bancal et temporaire assez rapidement,

mais l’amateurisme de son équipe ne cesse de nous surprendre sur ce sujet comme sur les autres, ce qui fait qu’il faut attendre, et prévoir d’autres scénarios.

Merci

Next
Next

Le Monde Diplo: De la démocratie en temps de guerre