70% des Ukrainiens en faveur d’une adhésion graduelle à l’Otan
Les Ukrainiens se préparent de plus en plus à la perspective de négociations avec la Russie.
Mais pas à n’importe quelle condition
d’après un sondage qui vient tout juste de sortir
et qui nous en dit un peu sur la manière dont les Ukrainiens voient la fin de la guerre
et sur leur déception vis-à-vis de leurs partenaires occidentaux.
Bonjour à tous, c’est Sébastien, bienvenue dans cette vidéo où l’on va s’intéresser à ces résultats
qui concernent l’Otan, des concessions à faire dans le cadre de négociations de paix, ou encore les armes nucléaires…
Avec cette particularité que les Ukrainiens sont ceux qui, selon les résultats du sondage, ont le plus confiance en Donald Trump.
————————————————————
C’est un sondage annuel mené par le centre d’études New Europe / Nova Evropa à Kyiv
Il a été mené dans la deuxième quinzaine de novembre auprès d’un échantillon de 1000 personnes
ce qui est peu, mais les sondages précédents du centre ont été reconnus pour leur sérieux
et justement cette enquête 2024 permet de comparer avec les précédentes et de dégager des tendances.
Et puis, compte tenu du fait qu’il n’y a ni élections ni grands mouvements sociaux depuis 2022,
ce genre d’étude est précieuse pour prendre le pouls de la population
Je note que j’arrondis à l’unité près pour éviter les virgules, en format oral ça passe mal.
——————————————
Alors, sur le thème des négociations avec la Russie:
l’idée fait son chemin puisqu’en 2023, 33% des personnes interrogées refusaient en bloc l’idée de négociations
en 2024 elles ne sont plus que 12%.
Cela dit, il y a des préconditions, par exemple 40% des répondants estiment que la Russie doit retirer ses troupes avant d’ouvrir des pourparlers.
64% des personnes interrogées pense que ça ne servirait à rien de négocier avec la Russie sans obtenir au préalable des garanties de sécurité solides.
pour eux, la Russie ne s’en servira que comme une pause avant de relancer une nouvelle offensive.
Là on voit une évolution parmi les Ukrainiens qui sont de plus en plus favorables à des négociations
mais qui refusent de se faire complètement avoir, pour le dire crûment.
Ils ne sont que 30% à penser que l’Ukraine doit négocier quelles que soient les circonstances.
Là, il est intéressant de noter la disparités régionales: 43% des Ukrainiens de l’est pense qu’il faut négocier quelle que soit la situation
contre seulement 18% à Kyiv, la capitale.
———————————————————
J’ai mentionné les garanties de sécurité, quelles formes pourraient-elles prendre?
Les Ukrainiens pensent à 31% que le pays devrait se doter de l’arme nucléaire.
Voilà quelque chose à prendre en compte: si l’Ukraine n’est pas suffisamment soutenue par ses partenaires, cette voie sera explorée à coup sûr.
A 29%, les Ukrainiens pensent que la garantie de sécurité ultime sera une adhésion graduelle à l’Otan,
qu’ils soutiennent à 70%
Graduelle, ça n’est pas partiel.
Cela veut dire que l’invitation à rejoindre l’Alliance devra inclure les territoires actuellement occupés
que l’adhésion concerna dans un premier temps les territoires contrôlés par Kyiv
et que les territoires occupés rejoindront le lot plus tard, une fois libérés.
C’est ce qu’on appelle la formule ouest-allemande
on se rappelle, dans le cadre de la guerre froide, la république fédérale d’Allemagne, la RFA,
a rejoint l’alliance en 1955
et les länder de la république démocratique d’Allemagne, la RDA,
n’ont rejoint qu’en 1990 après la réunification.
En Ukraine, on parle de plus en plus de ce scénario
A commencer par Volodymyr Zelensky
même si évidemment ça serait compliqué de matérialiser une ligne où la protection de l’Otan s’applique, et une zone où l’Ukraine se débrouille seule.
en tous les cas, armes nucléaires et adhésion graduelle à l’Otan sont les options privilégiées par les Ukrainiens pour assurer leur sécurité
Seulement 9% croit que le déploiement de casques bleus de l’ONU peut aider
et à peine 6% souhaite l’envoi de troupes européennes.
ça, ça s’explique par la très forte confiance de la population envers les forces armées
et l’idée générale que les Ukrainiens ont compris depuis 2014 qu’ils doivent avant tout compter sur eux-mêmes
avec un soutien étranger, bien sûr, mais d’abord et avant tout sur leurs forces vives.
——————————
Et ça s’exprime dans les concessions auxquelles les Ukrainiens seraient prêts dans le cadre de négociations
et ce à quoi ils ne sont pas prêts
Réduire la taille des forces armées et démilitariser le pays est rejeté à 74%
Faire du russe la seconde langue officielle est rejeté à 71%
Abandonner l’idée que les dirigeants russes et les criminels de guerre soient poursuivis en justice est rejeté à 68%
Par contre, seuls 53% des Ukrainiens rejette des concessions territoriales alors qu’ils étaient 76% en 2023
Ca, ça reflète les réalités du terrain et le fait que la situation n’est pas bonne sur plusieurs fronts, notamment à l’est
Mais ça reflète aussi l’évolution du discours de Volodymyr Zelensky
il a suggéré il y a peu que certains territoires pouvaient rester occupés temporairement
après, le temporaire, ça peut durer longtemps comme on le sait.
———————————————
tout cela montre une évolution intéressante, qui nous donne des indications sur ce que les Ukrainiens sont prêts à accepter ou pas dans le cadre de négociations
cette prise de conscience de négociations proches accompagne le taux de confiance dans Donald Trump, à 45%
le plus haut taux en Europe
a titre de comparaison, il serait de seulement 16% en France selon le centre d’étude qui a inclus cette donnée dans son enquête.
Joe Biden par contre il est passé d’un niveau de confiance de 82% en 2023 à 55% en 2024.
Et l’Allemand Olaf Scholz, de 61% à 24%
Ursula von der Leyen, le Président polonais Andzej Duda ou encore Emmanuel Macron restent des leaders très appréciés.
Mais les dirigeants des deux pays qui soutiennent le plus l’Ukraine en volume, les Etats-Unis et l’Allemagne, sont les moins appréciés des Ukrainiens
qui pensent à 57% que les Occidentaux n’en font pas assez pour gagner cette guerre.
Ils sont encore 63% à considérer que le rôle des Occidentaux est importants pour lutter contre la corruption mais ça aussi c’est en baisse.
ça aussi, c’est une donnée qu’il faudra garder à l’oeil
parce qu’en Ukraine le ressentiment vis-à-vis des Occidentaux est très fort
et il peut encore augmenter si un cessez-le-feu est signé à la va-vite ou qu’un accord de paix est jugé injuste et insoutenable.
On voit le plus souvent les Ukrainiens comme demandeurs d’une intégration à l’Otan et à l’Union européenne
ce qui est vrai
mais si le modèle d’intégration euro-atlantique a pris du plomb dans l’aile comparé aux années 1990-2000
donc il ne faudrait pas s’étonner si un jour les Ukrainiens regardent dans d’autres directions pour assurer leur avenir.
Merci